BRANKICA ŽILOVIĆ
Artiste visuelle textile, née en 1974 à Zlatibor en Yougoslavie (Serbie) – Vit et travaille à Paris
Brankica Žilović est une artiste franco-serbe dont l’œuvre tisse les fils de la mémoire, du territoire et de la transformation. Née à Zlatibor, au cœur des Alpes Dinarides, elle grandit entourée de sommets enneigés, de paysages vastes et silencieux, qui nourriront durablement sa relation intuitive à la nature, à la géographie, mais aussi à l’isolement et à la quête intérieure.
Formée aux Beaux-Arts de Belgrade (1998) puis à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (2002), où elle suit l’enseignement de Vladimir Veličković et Dominique Gauthier, elle développe très tôt une pratique artistique multiforme. Mais c’est au fil du temps que le textile broderie, couture, tufting, tissage, s’impose comme son langage de prédilection. Ce médium, longtemps associé au féminin et à l’artisanat, devient sous ses mains un outil de résistance, de réparation, et d’expression politique et poétique.
Un art du fil comme acte de mémoire et de réenchantement
Chez Brankica Žilović, chaque point de broderie est un acte de reconstruction. Les fils entremêlés racontent des histoires de déplacement, d’effacement, de frontières mouvantes. Influencée par l’éclatement de la Yougoslavie et ses propres expériences migratoires, l’artiste interroge les notions de territoire, d’appartenance et d’identité diasporique. Ses créations donnent forme à des paysages intérieurs, géologiques ou imaginaires, où les cartes deviennent poétiques, les montagnes des symboles de résilience, les îles des lieux-refuges ou des utopies flottantes.
À travers le fil, elle explore des thématiques contemporaines majeures : la mémoire collective, l’urgence écologique, l’exil, la fragilité des systèmes géopolitiques, mais aussi la place du sacré, des mythes, et de l’héritage symbolique dans un monde en mutation.
Cartographies sensibles et mondes en dérive
Le travail de Brankica Žilović s’inscrit dans une recherche plastique et conceptuelle autour de la cartographie. Elle s’inspire des représentations anciennes du monde, notamment des gravures d’Athanasius Kircher, pour mieux déconstruire et réinventer nos manières de percevoir l’espace et les frontières. Ses œuvres textiles deviennent ainsi des cartes mentales et sensibles, où les continents se disloquent, les lignes se recomposent, et les territoires se tissent au rythme de gestes obsessionnels.
Dans sa série monumentale Retour à Ithaque, elle brode 120 livres de poche représentant chacun un pays, un fragment de l’Antarctique ou une île rêvée. Cette installation incarne à la fois la perte, la quête, et le retour à soi. Elle convoque la figure d’Ulysse comme archétype de l’exilé, du résilient, du voyageur spirituel, et offre une métaphore de l’humanité déracinée et en quête de sens.
Une œuvre ancrée dans la terre et tournée vers le ciel
L’esthétique de Žilović est profondément marquée par la montagne, qu’elle perçoit comme un archétype universel du dépassement et du refuge. Les glaciers, les cimes, les crêtes et les failles sont autant de motifs récurrents dans ses tapisseries monumentales. Ces formes naturelles sont investies d’une charge symbolique et sensorielle, oscillant entre contemplation, angoisse environnementale et désir de réparation.
Les forces telluriques, les mouvements tectoniques, les paysages en mutation irriguent son œuvre comme une pulsation souterraine. Chaque fibre, chaque entrelacs, chaque surface brodée devient une topographie intime, une peau du monde à réparer. Elle rejoint ici les réflexions d’Édouard Glissant sur le « rythme du monde » : un monde fluide, en perpétuelle dérive, qu’il nous faut appréhender non plus comme une totalité figée, mais comme un système de relations mouvantes.
Démarche, matériaux et gestes
Brankica Žilović travaille principalement à partir de laine, de fil, de papier, de livres, de tissus recyclés. Le temps du geste, lent, répétitif, méditatif, confère à ses œuvres une qualité presque rituelle. L’artiste revendique une forme de discipline ascétique dans sa pratique quotidienne : broder, c’est aussi suspendre le temps, revenir à soi, apaiser les mémoires, ouvrir des brèches.
Ses œuvres prennent la forme de cartes textiles, tapisseries murales, installations immersives, livres brodés, sculptures souples, toujours traversées par des tensions entre fragilité et puissance, précision et chaos, oubli et résurgence.
Brankica Žilović est représentée dans plusieurs collections publiques et privées en Europe et à l’international. Son œuvre, puissante et méditative, nous invite à repousser les frontières de la représentation, à interroger nos récits fondateurs, et à tisser de nouveaux liens entre mémoire, nature et identité.

Expositions personnelles (sélection)
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Voyage aux contours des Mondes, Villa Médicis, Saint-Maur-des-Fossés (2025)
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La solitude des cimes, Galerie Oniris, Rennes (2025)
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De ce Monde, Galerie Julie Caredda, Paris (2024)
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Drifting Worlds, Musée de la Ville de Belgrade (2024)
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Eruptive Worlds, Galerie Novembar, Belgrade (2024)
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Nos Archipels, Centre d’art contemporain Atelier Estienne, Pont-Scorff (2023)
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Memory Fields, Galerie Novembar, Belgrade (2020)
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Souvenir from Earth, Galerie Laure Roynette, Paris (2019)
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Paysages croisés, Abbaye mauriste de Saint-Florent-le-Vieil (2018)
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Material Recollection, Galerie Beograd, Belgrade (2017)
Participations collectives, foires et institutions
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Arachnéen, 28.III au 30.VIII.2026, Au Musée de la Dentelle de Chantilly
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L’étoffe des rêves, 12.IV.2025 au 31.VII.2026, Halle Saint Pierre
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Cartes Imaginaires - Inventer des Mondes, 24.III - 9.VII.2026, BNF, Paris
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Private Choice Paris
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Drawing Now, Artissima, Paratissima, Salon de Montrouge
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Musée d’Art Moderne de Shanghai
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Musée National de l’Automobile (Turin)
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Musée Français de la Carte à Jouer, Issy-les-Moulineaux
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Domaine départemental de Chamarande
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Monastère royal de Brou, Bourg-en-Bresse
personnalisation et sur mesure.
A R T I S T E S
























